Zen et Arts Martiaux

Taisen Deshimaru (1914-1982), maître bouddhiste zen japonais de l’école Sōtō établi à Paris en 1965, est connu pour avoir introduit la méditation assise (en Zazen) et propagé l’enseignement du Zen en France et en Europe. C’est l’un des principaux passeurs du bouddhisme zen en Occident.

Maître Deshimaru explique dans cet ouvrage le lien très étroit qui existe au Japon entre quête spirituelle et les pratiques aussi diverses que la cérémonie du thé, l’art floral, une part importante de l’art des jardins, la calligraphie, et, plus particulièrement, les arts martiaux.

L’art de la concentration et de l’attention au moment présent commun à toute ses pratiques est une des bases de la Pleine Conscience. Diriger son esprit en conscience est le secret de cette Voie.

L’esprit du Zen fut introduit au Japon chez un peuple dont la guerre était l’occupation habituelle. Ce fut le génie du Zen de transformer les techniques brutales de la guerre en arts qui ne se souciaient plus seulement de l’efficacité guerrière mais de la recherche de soi-même. Le sabre, l’arc et la flèche, instruments de mort devinrent des supports de méditation.
Sous cette influence naquit le Bushido, code d’honneur, discipline chevaleresque qui recommande le désintéressement et le mépris de la mort. Tant et si bien que le Zen fut, cette voie d’éveil, appelé « la religion des samouraïs. »
En termes vifs et imagés, parfois même en s’amusant, Maitre Deshimaru répond aux questions de ses disciples, sans jamais leur faire oublier que Zen et arts martiaux sont l’apprentissage de la vie et de la mort.

Extraits

« Cet esprit est le même dans tous les arts martiaux, quelles que soient leurs différences tactiques et techniques. Ainsi, le judo (ju :douceur-do :Voie) est la voie de la souplesse (yawara). Maître Kano en fut le fondateur après la révolution de Meiji. Les samouraïs, ces farouches guerriers, apprenaient le yawara, la technique de la douceur. Au Japon, les samouraïs devaient apprendre les arts de la guerre, et ceux de la vie civile. Ils devaient étudier le Bouddhisme, Lao Tseu, Confucius, et en même temps apprendre le judo, l’équitation, le tir à l’arc. Dès mon enfance, j’ai appris le yawara avec mon grand-père paternel. Mon grand-père maternel, lui, était docteur en médecine orientale.J’ai compris alors peu à peu que les arts martiaux et le Zen n’ont qu’une seule saveur, et que la médecine orientale et le Zen sont unité. Kodo Sawaki, dans des conférences, disait que leur secret est Kyu Shin Ryu, « l’art de diriger l’esprit ». 

Il faut apprendre à pénétrer la vie. Ainsi, le secret des arts martiaux est d’apprendre à diriger l’esprit, Ryu Gi. Cela forme la base des techniques corporelles. L’esprit doit devenir la substance. L’esprit est la substance, sans forme, mais parfois il a une forme. Quand l’activité de l’esprit emplit le cosmos tout entier, il saisit les occasions, il a une chance d’éviter les accidents et peut attaquer dix mille choses en une seule.

C’est ce à quoi veut répondre le Zen en élargissant notre conscience à cette dimension. C’est la réponse au problème central de notre civilisation. La vie authentique est conscience interdépen-dante (Conscience de l’Univers) plus conscience dépendante (ou conscience de l’ego). Ceux qui ont un ego trop fort ne peuvent recevoir cette conscience universelle. Pour obtenir le satori, il faut abandonner l’ego. Pour tout recevoir, il faut savoir ouvrir les mains, et donner.

Zazen signifie se fixer au centre de l’ordre de l’univers, du cosmos. Par la pratique de zazen, ici et maintenant, à travers notre être tout entier, nous existons au centre du système cosmique. C’est la plus haute dimension que nous puissions atteindre. Cette vérité ne peut être atteinte à travers une conception purement matérialiste ou purement spi-ritualiste. Une troisième conception de l’univers serait la fusion de ces deux visions; pas un mélange, pas un juste milieu, mais une profonde harmonie, car esprit et matière ne sont pas séparés, ils sont interdépendants comme dans l’être humain. »

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