Aligner le corps, le souffle et l’esprit : Gestuel du Kyudo

Certains gestuels portent en eux même toute la recherche et le but des arts martiaux, du Qi Gong, de la vie même.

Un geste tout simple peut cacher un grand trésor, parfois une grande difficulté, une exigence de perfection dans une forme apparemment anodine.

Ce mouvement complet est un des premiers que j’ai appris. Je l’enseigne et le répète encore avec une joie et une conscience renouvelée qui me surprend et m’émerveille à chaque fois.

Paradoxalement il n’est pas nécessaire d’atteindre la perfection pour en ressentir les bénéfices et le débutant sincère dans sa pratique pourra dès les premières fois entrevoir toute la beauté du mouvement et la joie qu’il y a à simplement s’engager totalement dans cette pratique.

Cet article et la vidéo vous présentent le mouvement de Kiko inspirée du Kyudo : Le tir à l’arc traditionnel japonais. Un mouvement qui nous connecte à l’essence du Qi Gong, des arts martiaux, de la vie même.

Kyudo un art martial méditatif :

La tir à l’arc est un exercice qui nous ancre profondément dans la conscience du moment présent.

Toute notre vie dans un seul tir – comme exprimé dans le documentaire : One Shot – One Life dont la bande annonce est en vidéo ci-dessous.

Évidemment nous ne pouvons pas reproduire exactement le même geste parce que nous n’avons pas l’arc, la flèche et la cible. Cependant nous pouvons nous harmoniser avec son symbolisme, avec l’énergie engendrée par le mouvement et surtout avec l’état d’esprit de cet art et donc par là même à son essence.

Par rapport aux autres arts martiaux le Kyudo a la particularité de se baser sur un seul gestuel (il y a en réalité quelques variantes…)

De par son aspect répétitif et simple il amène plus rapidement à un état de concentration, voire de méditation, à une harmonie du corps et de l’esprit où le but ultime n’est plus d’atteindre la cible mais d’aller vers la perfection, d’obtenir la paix.

Comme l’on dit les grands maitres de cet art : « maitriser la technique améliore le tir, mais maitriser l’esprit améliore l’homme ».

Ainsi donc quand nous pratiquons le mouvement de Kyudo nous sommes liés à cette recherche de perfection, à la grande Voie.

En japonais Kyudo (Kyu l’arc et Do la voie) a fait partie des Arts Martiaux en intégrant le Zen et le Shinto au Kyu-Jutsu : la pratique guerrière du tir à l’arc des anciens samouraïs.

La forme du Kyudo :

Autant que possible nous pouvons nous rapprocher de la beauté et de la simplicité de ce mouvement.

En trouver la grâce, l’élégance, la puissance, la connexion à notre être profond, pour surmonter en nous tout élément qui viendrait perturber notre esprit et donc notre tir.

Quand nous élevons l’arc et la flèche devant le corps nous pouvons être conscient de notre ancrage (cf la position de la montagne debout) de notre lien terre/ciel, de notre verticalité.

« La posture pour le tir est très importante, elle doit être très belle, très harmonieuse – aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de soi ».

La Force du Kyudo

Nous utilisons la force appelée Shinki : Alliance de Shin l’esprit ou le cœur et de Ki le souffle, l’énergie vitale. Le Kyudo requiert une parfaite maîtrise de soi : du corps, du souffle, de l’esprit et aussi une stabilité émotionnelle.

Il est intéressant de noter que dans le geste du Kyudo il y a aussi cette notion d’horizontalité, symbolisé par la flèche, d’ouverture au niveau de la poitrine, au niveau du cœur.

Atteindre la cible n’est pas le but

Atteindre la cible est la conséquence.
« Le tir à l’arc enseigne la la façon juste de se comporter : Une belle posture, la solidité intérieure, l’esprit libre, l’énergie (Ki) équilibrée entre le cosmos, l’être et la puissance du corps, une respiration correcte centrée dans le Hara, la conscience attentive, claire. »  T.Deshimaru

Le lâcher-prise

Awa Kenzo enseignait le Kyudo comme une voie mystique, spirituelle.

Une fois la technique maitrisé l’atteinte du but se fait selon lui « sans avoir visé consciemment » avec « lâcher-prise ». C’est-à-dire que l’archer cesse d’être conscient de lui-même en tant que personnalité égotique appliquée à atteindre la cible. Et dans cet abandon, quand la conscience est vide, débarrassée du soi alors le tir est amené à sa perfection.

En KikoZen nous pouvons fixer notre esprit sur la posture, la stabilité, la paix et au final la cible avec lâcher-prise et confiance et ainsi pratiquer dans la pureté de cet art. Lorsque conscience et corps ne font qu’un dans un parfait détachement :  alors la flèche vole libre vers son but…

Tout est Viser

Les grands maîtres de Kyudo pratiquent parfois Zanshin : Le tir à l’arc les yeux bandés.

Ici une anecdote entre Herrigel (le philosophe allemand pratiquant de Kyudo et Awa Kenzo) :

Herrigel était convaincu que le problème était dans sa façon de viser, car il n’arrivait pas à atteindre la cible malgré un long entrainement. Pourtant, Kenzo lui dit que c’était plutôt la façon dont on approchait son objectif qui déterminait le résultat. Frustré, Herrigel lui a lancé : « Alors vous pouvez sans doute toucher votre cible les yeux bandés ! »

Kenzo a répondu : « Reviens me voir ce soir ».

A la nuit tombée, les deux hommes sont retournés dans la cour où ils pratiquaient dans la journée. Kenzo est allé se poster à l’endroit d’où Herrigel tirait ses flèches. Les cibles demeuraient à l’autre bout de la cour, cachées dans l’obscurité. Kenzo a pris sa position de tir, tendu la corde et puis, lâché sa première flèche dans la nuit. Sans perdre une seconde, il a pris une autre flèche et l’a lâchée dans la nuit après la première. Herrigel a traversé la cour en courant pour inspecter la cible. Herrigel a écrit dans son livre sur le Zen et le Kyudo : « En allumant la lumière, j’ai découvert avec stupéfaction que la première flèche s’était logée en plein milieu du cœur noir de la cible. La seconde, quant à elle, a fendu la première sur presque toute la longueur avant de se loger dans la cible juste à côté ».

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