Que ce soit dans la vie de tous les jours et parfois aussi dans notre pratique, nous voulons que les choses avancent, nous voulons sentir que nous progressons. Rien de plus naturel. Seulement si cet élan vital se double d’impatience, alors au final nous allons éprouver de la frustration et empêcheront les bons résultats de se manifester en leurs temps.
Nous avons appris que « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » dans la fable de La Fontaine mais pas vraiment appris comment devenir patient et quels en sont les enjeux.
Sommes-nous vraiment pressés ?
Emportés par notre mental agité, nous voulons que les choses aillent vite, aussi vite que notre pensée. Pour ceux qui doutent encore que le mental est agité les chercheurs en neurosciences ont établi qu’en moyenne notre cerveau produit 90 000 pensées par jour (la plupart automatiques et inconscientes mais pourtant bien réelles). Aussi si vous n’avez jamais fait le test essayer de rester une minute sans pensées… (attention, si vous vous dites, il ne se passe rien ou je suis en train d’y arriver, c’est aussi une pensée).
Avec cet empressement du mental, nous commençons un travail et souhaitons qu’il soit déjà fini, nous partons en voyage et pensons déjà à la destination. Résultat nous n’allons pas ou peu profiter du parcours, du voyage et nous sentir toujours décalés entre là où nous sommes et là où nous voulons nous rendre. Nous générons une tension et un stress inutile pour nous même et pour notre entourage.
Quand mon fils avait 4 ans, je l’amenais le matin en vélo à l’école. Un matin où je devais être pris dans mes pensées, je lui demandais de se dépêcher pour venir monter sur le vélo et je l’ai attaché avec empressement et nervosité. Il m’a regardé et m’a dit avec un air inquiet « Papa, on est pressés ? ». Ça m’a arrêté net. J’ai respiré et pris un temps puis je lui ai répondu calmement : « Non, on n’est pas pressés, tout va bien ». J’étais juste repris par mon habitude d’aller vite.
Je me suis dit intérieurement : Quelle folie de faire sentir à un enfant de 4 ans mon envie d’aller vite et mon empressement !
La sensation que le temps file trop vite :
Avec le souvenir des choses passées et l’anticipation des choses à venir, notre esprit (le mental ordinaire) se pose rarement dans le moment présent. Nous avons alors l’impression que le temps file très vite, que nous n’avons pas assez de temps et vivons dans une sorte d’urgence permanente.
Nous sommes pressés avec nous même, pressés avec les autres et les choses. Cette sensation crée un malaise permanent (parfois en sourdine) mais qui peut se manifester en colère, emportement, critique, etc.. dès que nous sommes confrontés à une personne ou une situation qui prend plus de temps que notre esprit imagine être normale ou raisonnable. C’est souvent le cas quand nous sommes dans une file d’attente à la boulangerie, la poste, la caisse d’un magasin, l’enregistrement pour un vol etc…
Comment devenir patient ? Cultiver la lenteur :
Comme le dit Lao Tseu : Paroles vraies paraissent paradoxales.
La particularité des sessions de Kiko est que nous faisons des mouvements dans la lenteur, avec la respiration et la visualisation. Le mental est alors obligé de rester focalisé sur le moment présent et ne peut s’en échapper. La lenteur et la présence ensemble crée une sensation d’intensité et que les choses durent longtemps. Parfois les pratiquants ont l’impression qu’un seul mouvement dure très longtemps ou ne va jamais se finir et curieusement quand le cours est terminé, la sensation générale est que le cours d’une heure trente est passé très vite (en cinq minutes).
Cette sensation double de quelque chose de très lent et qui passe vite est vraiment le signe que nous avons réussi à ralentir, à calmer notre esprit, l’harmoniser au rythme de notre respiration et de notre corps qui lui vit dans le moment présent.
Nous expérimentons alors une sensation d’un profond apaisement et d’une régénération (ou d’une nouvelle énergie qui a émergée).
L’effet cumulatif
En pratiquant régulièrement, mais aussi sur des journées complètes (stage) ou sur plusieurs jours (stage de week-end et d’été) l’effet cumulatif dans la journée des pratiques et jour après jour amène le pratiquant dans une profondeur et un rythme beaucoup plus lent naturellement et presque sans effort.
Toutes les personnes qui ont pratiqué la lenteur, la respiration profonde pendant plusieurs jours témoignent d’une réelle transformation intérieure.
Découvrir le stage d’été.
La patience est une des manifestations de l’amour
En apprenant comment devenir patient avec nous-même et dans la relation à l’autre, nous développons une qualité très proche de l’amour. Ceci est très important, surtout quand on a une position de référent, de parent, d’enseignant.
On peut observer qu’une maman pleine d’amour pour son enfant déploie des trésors de patience, qui lui était peut-être auparavant étrangers.
En orient une des qualités divines que l’homme peut manifester est Ksanti (Sanskrit), que l’on traduit par Patience mais aussi par Indulgence, Tolérance ou capacité à pardonner.
Nous pouvons déjà appliquer l’indulgence envers nous-même. En effet, nous sommes souvent les plus durs juges de nos actions, emportements, erreurs, égarements. Si nous nous jugeons durement et rapidement nous serons enclins à manquer de patience envers les autres.
Reconnaitre notre droit à l’erreur, prendre conscience que se tromper nous amène naturellement à nous corriger permet de regarder les erreurs des autres comme une voie d’apprentissage.
Par la suite, nous pouvons utiliser la patience dans nos relations avec nos proches, respecter le rythme de chacun, développer l’indulgence et ainsi éviter de faire souffrir inutilement des enfants, des parents, des conjoints, des amis, des collègues.
La Vie elle-même est infiniment patiente avec nous. Parfois nous répétons encore et encore les mêmes erreurs sans que la Vie ne vienne nous condamner durement. Parfois elle nous envoie des signaux qui pourront s’amplifier si nous ne prenons garde à changer ou prendre conscience de nos égarements.
Confiance et Patience vont de pair. Si nous avons engagé un processus il est naturel d’attendre que les effets se manifestent en temps et lieu selon les lois de la nature, l’environnement, ou les personnes et leur rythme personnel.
Nous n’avons alors plus rien à faire si ce n’est maintenir notre intention, observer les phénomènes se dérouler à leurs propres rythmes et faire confiance que nous avons fait ce qu’il fallait.
J’aime bien utiliser l’expression « on ne fait pas pousser les carottes plus vite en tirant dessus ».
Une fois que l’on a préparé le terrain, semé les graines et arroser, il n’y a plus qu’à attendre que ça pousse.
Cela parait évident quand on le dit mais c’est exactement ce que nous oublions chaque fois que nous sommes pressés de voir les choses aboutir rapidement. La Terre, le corps et l’univers ont leurs propres rythmes auquel nous pouvons nous accorder si nous voulons que les choses se passent de manière fluide, naturelle presque sans effort.
Comment devenir Patient, une approche Taoïste :
Dans le Yi King la patience c’est également s’harmoniser au rythme naturel du Tao.
Cette approche est appelée : le progrès naturel. Il correspond à une avancée lente et sans hâte.
Il y a progression constante mais stable car la fermeté (énergie, volonté) se tient à l’intérieur et la souplesse suit à l’extérieur. La fermeté (on pourrait dire l’esprit de décision) est tempérée par la souplesse (capacité de s’adapter aux conditions extérieures), la souplesse nourrie par la fermeté. Fermeté et souplesse s’harmonisent.
Comme dans toute approche taoïste, il s’agit de trouver un équilibre entre 2 pôles qui au lieu de se combattre, se nourrissent l’un l’autre et se conjuguent. En savoir plus sur le Yi KingComment devenir patient avec le Tao.
La patience (souplesse, donner le temps) est équilibrée par la fermeté qui évite de tomber dans du laxisme, du laisser-aller, de la nonchalance.
En apprenant comment devenir patient, on évite l’écueil de la précipitation et celui de la stagnation ou de la résignation.
Lao Tseu évoque ainsi ce principe :
« Celui qui se dresse sur la pointe des pieds
Perd vite l’équilibre.
Qui marche à pas démesurés
Ne tiendra pas la distance. »
Ou encore
« Les tâches difficiles doivent débuter facilement.
Les tâches grandioses doivent débuter petitement. »
Merci d’avoir eu la patience de lire cet article jusqu’au bout et de commenter selon vos expériences et réflexions.
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