le sentiment d'infériorité

le sentiment d’infériorité

Le sentiment d’infériorité est bien plus commun que ce que l’on pense.

Dans ma vie personnelle et pendant mes cours je suis souvent confronté à des personnes qui ont l’impression qu’elles « ne vont pas y arriver », qui disent qu’elles « ne savent pas faire », qui se sentent incapables de progresser, qui pensent que les autres font bien mieux qu’elles.

Le sentiment d’infériorité n’est pas souvent reconnu pour lui-même tellement cela nous paraît normal de penser ou d’affirmer notre incapacité en nous jugeant durement ou en nous comparons aux autres. Si on veut passer au-delà c’est important de le reconnaître pour ce qu’il est et de comprendre comment il s’impose à nous et bien sûr comment nous pouvons le vaincre ou le transformer.

Comment se manifeste le sentiment d’infériorité

Notre pratique personnelle de Qi Gong, de yoga, de méditation, est un terrain très révélateur de ce qui se passe dans nos vies.

Devant un enseignant, face à un groupe, notre tendance naturelle à l’auto-jugement et spécialement à nous sentir inférieur peut se manifester.

 Cela prend souvent la forme d’un dialogue intérieur ou extérieur.

Les phrases typiques du sentiment d’infériorité :

  • Je ne sais pas faire
  • Je ne suis pas capable
  • Je vais être ridicule
  • Je n’y arriverai pas
  • Ce n’est pas pour moi
  • Je suis nul
  • Qui suis-je moi ?
  • C’est trop difficile
le sentiment d'infériorité

 Si vous êtes familier avec l’une de ces phrases, c’est que parfois vous avez ce sentiment d’infériorité.
 C’est naturel pour beaucoup d’entre nous

 Un problème de valeur personnelle et de compétences

 Si on regarde bien, ce dialogue limitant repose sur deux aspects

 1 ) Nous jugeons nos compétences

  • Je ne sais pas faire
  • Je n’y arrive pas
  • C’est difficile pour moi

2 ) Nous jugeons notre valeur personnelle

  • Je suis nul
  • Ce n’est pas pour moi
  • Qui suis-je pour…

 

Comme nous l’avons vu dans d’autres aspects de la pratique ces deux notions sont interdépendantes.

Vaincre le sentiment d’infériorité par la pratique

En pratiquant régulièrement, sans s’efforcer de trop, inconsciemment et naturellement, notre corps va s’assouplir, les gestes devenir plus déliés, les mouvements se faire plus précis et plus justes.

Le processus est progressif, parfois lent, parfois avec des plateaux, ce qui a tendance à nous décourager. Mais au bout de quelques mois d’un an ou deux, je vois arriver les changements dans le corps et les mouvements chez tous mes élèves y compris ceux au-delà de 70 ans.

Parfois ils me disent eux-mêmes, ébahi de leur propre progrès :

« Je me sens beaucoup mieux dans mon corps »
« Ce mouvement, je ne croyais jamais y arriver comme ça »

Parfois c’est moi qui les amène à cette prise de conscience en disant :
« Est-ce que tu te rends compte que maintenant tes mouvements sont beaucoup plus fluides, que tu te tiens beaucoup plus droite, que tes respirations ont ralenti ».

 

Cela redonne beaucoup de confiance.

En retrouvant cette confiance du corps, les barrières mentales vont sauter, le sentiment d’infériorité ou d’inadéquation s’érode progressivement.

Evitez de se mettre la pression

Dans notre pratique, nous souhaitons tous progresser, c’est naturel.

Cependant, progresser ne doit pas être le but principal.

Le centre de notre attention doit être sur la pratique elle-même et non sur le résultat.

C’est ce qui différencie un art martial d’un sport de combat.

le sentiment d'infériorité

Comme le dit Krishna à Arjuna dans la Bagavad Gita : « Tu as le droit à l’action, mais pas aux fruits de l’action ». (Plus d’enseignement védique auprès de la fédération)

L’action doit être désintéressée pour éviter le sentiment d’échec et d’infériorité.

Me Nogushi parle d’une extrême simplification de la pratique : « sans connaissance, sans technique, sans but ».

Pour éviter la tendance à l’auto jugement chez les élèves et ne pas se mettre la pression :

  • J’évite au maximum de corriger directement les élèves
  • Sur certains mouvements, je laisse beaucoup de liberté en disant « pas de bonne ou mauvaise manière de faire ».

On évite d’être dans le « vouloir bien faire ».

On fait de son mieux avec ses possibilités et on se laisse du temps pour que le mouvement s’intègre et se corrige de lui-même.
En pratiquant sincèrement sans se mettre la pression, on évite de nourrir ce sentiment d’infériorité.

Sentiment d’infériorité et de supériorité

Le sentiment d’infériorité naît souvent dans notre esprit quand nous nous comparons aux autres ou à une image de ce que nous souhaiterions être.

Nous nous jugeons moins bon, moins compétent que tel ou tel autre et aussitôt nous pouvons aussi nous juger meilleur que certains.

Sentiments d’infériorité et de supériorité sont alors comme les deux faces d’une même pièce, celle de mettre un jugement de valeur sur nous et les autres.

Nous désirons être comme un tel ou un tel mais nous savons que nous n’y arrivons pas. 

Cela crée frustration et sentiment d’infériorité.

Nous sommes en aversion avec ceux qui sont moins bons que nous ; nous les jugeons durement, nous nous jugeons durement.

Dans la tradition bouddhiste, l’antidote au désir et à l’aversion est le développement du sentiment d’équanimité.

Les choses sont différentes mais toutes ont une grande valeur.

Le sentiment d’équanimité se base sur le fait que nous possédons tous en nous la nature de Bouddha, ce qui est primordial, et que ce qui l’enveloppe (les conditions de l’existence) est secondaire.

Le problème pour nous est que nous portons notre attention sur l’extérieur (les conditions changeantes) au lieu de considérer l’intérieur (la nature essentielle, le soit éternel) qui est commun à tous les êtres.

Développer notre sens de l’intériorité

Dans les pratiques méditatives et le Kiko Zen , nous tournons notre regard vers l’intérieur.

Plutôt que le geste juste ou parfait, nous cultivons l’attitude juste, un retour vers notre intimité.

Chaque mouvement est une occasion de retrouver la paix intérieure qui dépasse tout entendement.

En cela nous pouvons transformer le sentiment d’infériorité car il n’y a plus de comparaison.

Une histoire bouddhiste sur le sentiment d’infériorité :

Je vous propose une histoire bouddhiste qui n’est pas sans rappeler celle du « fils prodigue » des évangiles :

Il était une fois le fils d’un riche propriétaire devenu mendiant errant depuis de longues années. Séparé depuis longtemps de sa famille, il avait tout oublié, le visage de ses parents, et leur demeure. Mais un jour, les circonstances firent qu’il se trouva en face de cette splendide demeure. Considérant comme des trésors chaque élément de la maison, fenêtre rideaux, portes…

Prix de panique, il se préparera à s’enfuir de nouveau.

Son père, qui l’avait reconnu, pour le faire revenir, dut utiliser un subterfuge, car son fils, trop effrayé, ne l’aurait pas reconnu.

Il envoya l’un des domestiques, sûr et fidèle, revêtu d’une robe sale et usagée, suivre son fils.

Le domestique, devenu mendiant, entra dans le groupe des mendiants où était le fils de son maître, partageant leur mauvaise nourriture.

sentiment d'infériorité
Tathagata (Bouddha)
photo Shamayita Chatterjee Art

Par la suite, le père engagea son fils comme valet, lui ordonna d’être assistant de cuisine, et de laver les toilettes. Plus tard, il lui fut permis de changer de vêtements, et d’entrer dans la chambre familiale. Au fur et à mesure, l’esprit du fils se transformait et s’adaptait à la richesse.

Et finalement, son père le fit appeler et lui dit : « Tu es mon fils tu dois accepter mes biens et ton héritage ».

Merci pour vos commentaires

Fabrice Buonanno

Fabrice Buonanno

Je pratique et j’enseigne le Kiko depuis plus de 30 ans
Le Kiko (Qi Gong en japonais) est issu des pratiques internes des arts martiaux japonais et a pour but d’harmoniser le corps, le souffle (respiration, énergie) et l’esprit.
Le Zen et le Shinto ont considérablement influencé les arts martiaux japonais et en ont fait une Voie vers l’Unité.
Le Kiko intègre naturellement ces influences et peut être considéré comme une méditation en mouvement qui nous plonge avec douceur et intensité dans la conscience du moment présent.
J’ai enrichi depuis 30 ans ma pratique personnelle par des enseignements sur les philosophies et pratiques orientales, Taoïsme, Bouddhisme, Yoga, Védisme, arts martiaux.
J’enseigne en salle, je donne des cours en ligne et j’organise des stages à Montpellier, Paris et l’été dans les Cévennes.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Fabrice

    Bonjour Valérie,
    Pour répondre à ta question, l’Amour est le sentiment le plus élevé. En ce sens, en tant qu’énergie ou vibration Divine, tout est résolu dans l’Amour.
    Mais on ne parle pas ici seulement de l’amour ou du non amour de soi, souvent lié à la personnalité mais de quelque chose de plus vaste et en même temps au coeur de notre coeur.
    Très belle journée et à bientôt…. pour en reparler.

  2. Valérie Claria

    Merci Fabrice pour cet éclairage qui tombe à pic !
    Est ce qu’on peut aussi assimiler ce sentiment d’infériorité à un non amour de soi ?
    Je viens cet été dans les Cévennes et je pense que nous aurons l’occasion d’en reparler
    Merci beaucoup !
    Valérie

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